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S’il est une question que se pose tout auteur dès les débuts de son projet d’écriture, c’est bien celle-ci : comment choisir le mode d’édition le plus approprié ? Les auteurs de best-sellers y répondront rapidement : ils ont déjà un éditeur et probablement un contrat pour leur trois (dix ?) prochains livres. Quant aux apprentis écrivains, ils n’ont souvent d’autre choix que de se débrouiller seuls. Mais ce serait aller bien vite en besogne que de s’arrêter là. La réalité est plus contrastée. Autoédition ou édition traditionnelle, le sujet fait prendre les armes et lever les boucliers. Voici les quelques éléments rassemblés au fil de mes rencontres dans le monde du livre.

 

Les différents modes d’édition

Avant de choisir, encore faut-il connaître les possibilités offertes aux auteurs.

L’édition à compte d’éditeur

C’est la formule classique : l’auteur envoie son manuscrit à différentes maisons d’édition. L’une d’elle le rappelle, un contrat est signé et le tour est joué ! Dès lors, l’éditeur s’occupe de tout (en théorie) et à ses frais : correction, mise en page, conception de la couverture, impression, distribution, etc. Il prend le risque financier et lorsque les ventes décollent (dans le meilleur des cas), verse des droits d’auteur à l’écrivain.

L’autoédition

C’est la formule moderne, apparue conjointement à l’impression numérique. Il est aujourd’hui possible de n’imprimer que quelques exemplaires d’un ouvrage, et ce, à moindre coût. En théorie toujours, il suffit donc d’être doué en informatique, d’avoir quelques compétences en graphisme et de connaître la mise en page. Puis de charger son fichier sur une plateforme d’autoédition ou de dénicher un imprimeur volontaire (autopublication) pour obtenir un livre papier. Il est également possible de produire des ebooks très facilement sur ces plateformes (Amazon, BOD, Lulu, etc.). Cette fois, c’est l’auteur qui paie les prestataires et récolte directement le fruit de ses ventes.

L’édition à compte d’auteur

C’est la formule « attrape-nigaud ». Pardon à quiconque est impliqué dans ce système de manière sincère et professionnelle, mais je n’ai eu, à son propos, que des retours très négatifs. Ici la maison d’édition est responsable de la partie technique, mais elle s’en charge aux frais de l’auteur (parfois plusieurs milliers d’euros). Ce dernier n’a que peu de chance de revoir son argent puisqu’il n’est remboursé qu’en droits d’auteur, eux-mêmes dépendant du volume de ventes.

Je me garderai bien de conseiller cette option et ne l’évoquerai donc plus dans la suite de cet article.

Minute orthographe

Doit-on écrire auto-édition ou autoédition ? La règle veut que le préfixe « auto », signifiant « soi-même », ne demande pas de trait d’union. À l’exception des cas où la prononciation est ambiguë : lorsqu’il est suivi d’un « i » ou d’un « u » (on pourrait alors être tenté de prononcer « wa » et « ou »). Le champion d’orthographe Guillaume Terrien vous l’explique très clairement sur son site, Orthodidacte.

Bien que le mot soit très souvent écrit « auto-édition », je me passe donc de trait d’union !

 

Petit exercice de comparaison

Voyons plus en détail les avantages et inconvénients des deux grands modes d’édition.

Édition classique

Les plus :

  • Cela flatte votre ego : vous avez un éditeur !
  • Vous êtes entouré par des pros, qui connaissent le marché et peuvent vous donner de bons conseils d’écriture ;
  • Vous n’avez pas à vous soucier de l’aspect technique, l’éditeur se charge de transformer votre manuscrit en un vrai livre ;
  • Vous bénéficiez d’un bon service de distribution et figurez sur le catalogue des libraires.

Les moins :

  • Il n’est pas si simple de trouver un éditeur : des milliers de candidats et très, très peu d’élus !
  • Lorsque vous l’avez trouvé, votre éditeur insère votre livre dans son planning d’édition. Entre ses autres projets et la phase de correction, vous pouvez attendre des mois avant d’être véritablement publié ;
  • Vous cédez à l’éditeur vos droits d’exploitation ;
  • L’éditeur exige un certain nombre de retouches, avec lesquelles vous êtes plus ou moins d’accord ;
  • À moins de connaître un succès phénoménal, votre gain reste très faible (en général 8% du prix du livre) ;
  • Vous avez peu de visibilité sur le volume de ventes. Et même si les éditeurs sérieux peuvent verser un à-valoir sur les droits d’auteur, vos gains réels ne sont pas immédiats.
Edition traditionnelle

Travailler avec un éditeur

 

Autoédition

Les plus :

  • Vous avez l’assurance d’être publié !
  • Vous avez toute liberté sur votre œuvre. Personne ne peut vous imposer la moindre retouche (mêmes si certains contenus peuvent être refusés par les plateformes en raison de leur caractère haineux ou illégal) ;
  • Le processus est beaucoup plus rapide : le délai de publication ne dépend que de vous, du temps d’impression et de livraison des exemplaires commandés ;
  • Vous êtes seul détenteur de vos droits d’exploitation (attention, les plateformes d’autoédition proposent parfois des contrats dans lesquels vous cédez ces droits pour une certaine durée) ;
  • Vos marges sont plus élevées : vous fixez vous-même le prix de votre livre, payez les exemplaires au prix d’impression et les frais liés à la plateforme (quasi inexistants pour certaines).

Les moins :

  • L’autoédition demande beaucoup de travail ! Vous devez porter différentes casquettes, auteur, relecteur, correcteur, maquettiste, graphiste, etc.
  • Si vous décidez de déléguer certaines étapes, les frais s’accumulent et le montant final peut s’avérer très élevé. Mais au moins en connaissez-vous le détail exact ;
  • Vous n’avez aucun garde-fou, personne ne vous empêchera de publier un livre truffé de fautes d’orthographe. Ce qui, à terme, risque de vous être préjudiciable ;
  • L’autoédition a encore mauvaise presse, précisément en raison des nombreux livres de mauvaise qualité (sur la forme ou/et sur le fond) publiés chaque année. Vous aurez notamment fort à faire pour convaincre les libraires. Heureusement les choses changent peu à peu…
  • Votre réseau de distribution est limité à celui que propose (parfois) la plateforme ;
  • Vous êtes entièrement seul pour organiser la promotion de votre livre. Vous ne pouvez compter que sur votre propre réseau et votre propre image.

Remarque : si vous décidez de faire appel à des tiers pour la relecture/correction ou la partie technique, évitez de vous précipiter. Demandez quelques devis et l’avis d’autres auteurs. Définissez votre besoin, comparez les prestations et leur rapport qualité-prix.

Les points communs

Ces modes d’édition semblent bien différents. Ils ont pourtant quelques similitudes qu’il est essentiel de garder à l’esprit :

  • Vous devez produire un manuscrit de très grande qualité. Les fautes de français, les contenus soporifiques, les structures incompréhensibles sont rédhibitoires. Dans un cas vous ne trouverez pas d’éditeur, dans l’autre vous ne vendrez pas votre livre (et récolterez quelques sourires gênés) ;
  • Écrire un livre est un projet qui demande du temps et de l’énergie. De l’huile de coude. Si vous pensez devenir auteur en un claquement de doigt, vous risquez d’être déçu ;
  • Il vous faudra tôt ou tard vous changer en commercial. Les maisons d’édition n’ont que peu de ressources pour faire la promotion de votre livre. Vous devrez courir les salons, parler aux librairies, vous faire connaître par vos propres moyens. Si vous avez un éditeur et de la chance, certaines portes s’entrouvriront un peu plus facilement.

Parlons des bons côtés, je n’aimerais pas vous décourager.

  • Dans les deux cas, écrire et publier un livre est une aventure passionnante, enrichissante et gratifiante ;
  • Quand vous en recevrez le premier exemplaire, vous éprouverez un plaisir immense et n’aurez qu’une envie : recommencer ;
  • Votre livre vous offrira mille opportunités personnelles et professionnelles. Mais ceci est une autre histoire.
Fabrication d'un livre

Chaîne d’impression de livres

 

Quel est votre profil ?

À la lumière de ce qui précède, vous pouvez maintenant choisir plus facilement.

L’édition traditionnelle est pour vous si :

  • Vous voulez vous concentrer sur votre sujet ou sur le processus d’écriture, et rien d’autre ;
  • Votre objectif premier est de devenir auteur plus que de booster votre business ;
  • Vous n’avez ni budget ni connaissance informatique ;
  • Vous n’êtes pas pressé.

L’autoédition vous concerne si :

  • Vous avez besoin de votre livre rapidement ;
  • Vous n’avez pas l’intention de faire la moindre concession sur le contenu ou la forme de votre livre ;
  • La technique ne vous fait pas peur ;
  • Vous disposez d’un réseau conséquent (site Internet, communauté sur les réseaux sociaux, etc.) ;
  • Vous en savez un minimum sur le monde du livre ou êtes prêt à apprendre vite.

 

Des frontières poreuses

Il me reste à nuancer ce qui précède. Il arrive en effet que les auteurs changent d’avis, parce qu’ils sont déçus, curieux, ou que leur situation a évolué.

Certains écrivains ont par exemple débuté en autoédition avant d’être repérés et séduits par un éditeur classique. À l’inverse, d’autres ont fini par tourner le dos à leur partenaire pour retrouver leur liberté de création. D’autres encore alternent selon leurs projets !

Par ailleurs, il faut bien admettre qu’il existe tous les types d’éditeurs : les incompétents (les couvertures qu’ils proposent semblent dater du siècle dernier) ; les inexistants (vous soutenir lors d’un salon ? Pas question !) ; les sérieux (tout est clair et leurs conseils vous font grandir) ; les exaltés (ils parlent de votre livre mieux que vous ne le feriez vous-même), etc. Si vous choisissez l’option traditionnelle, ne négligez pas les petites maisons d’édition. Vous pourriez bien y rencontrer quelques professionnels passionnés.

À noter également : il semble bien difficile de s’autoéditer. Cette pratique est pourtant devenue monnaie courante. Vous trouverez donc une myriade d’informations sur le web ainsi que quelques réseaux d’entraide très actifs. De quoi vous faciliter la tâche et faire grossir votre carnet d’adresses.

Vous êtes auteur en devenir et hésitez encore ? Vous ne savez pas comment chercher un éditeur ou trouver une plateforme d’autoédition ? Discutons-en !

Vous êtes un écrivain expérimenté ? Partagez votre expérience et votre point de vue dans les commentaires, ils sont faits pour ça !